LE PACKSAC LITTÉRAIRE, RÉFLEXIONS

Tenir le volant de ma vie: de la ligne droite à la courbe

Coup de barre en plein visage… Un gros Drrrrrriiiiinnngg!! du réveil-matin de la vie qui me fait signe en 222 pages. Le livre de Lydiane St-Onge arrive à un point tournant pour moi: la fin de mes études universitaires.

Mon constat

Je suis de ceux qui ont fait des études par sécurité, par peur de ne pas avoir un job fiable et stable si je n’en faisais pas. Mais au final, maintenant que ma maitrise est derrière moi, je suis devant une question qui tue: où est-ce que j’ai vécu là-dedans? Et par « vivre », j’entends faire ce que j’ai envie de faire, pas ce que je me sens obligée de faire. Et surtout, je sais que jamais rien n’arrive pour rien. Ma scolarité m’a appris énormément, là n’est pas la question. La question est pourquoi est-ce que j’ai volontairement ignoré ma petite voix intérieure?

Ma maitrise, je l’ai faite à reculons. Depuis le jour -10, je n’avais pas envie de la faire. Mais, c’était un préalable pour être enseignante de littérature et, à ce moment-là, j’étais convaincue (je m’étais convaincue) que c’était ce que je voulais faire. Alors chaque matin, quand je me levais et que je devais m’installer devant mon portable pour écrire un mémoire, je déprimais. J’avais envie de me refermer les yeux au moment même où je les avais ouverts. J’ai toujours eu un intérêt profond pour la lecture. Depuis le primaire, je lis des briques qui ressemblent à des bibles vu la couverture détachable que je laissais chez moi (question de faire un peu plus extra-terrestre, tsé).

Mes premiers amis, c’était les livres. Pathétique ou quétaine, je sais pas, mais c’était ma réalité. Je suis tombée dedans comme on dit. Pour moi, les livres sont une richesse extraordinaire parce qu’ils ouvrent des portes sur le monde! C’est grand la littérature. C’est beau. Ça fait voyager: au coeur de soi, parmi les autres, dans le monde.

De l’ambition pour déjeuner, s.v.p.!

Je réalise que je n’étais pas totalement dans le champ avec mon ambition de devenir prof de littérature: je voulais partager cet enthousiasme effréné pour les livres, pour la lecture. Pour moi, l’essentiel du cheminement humain se résume à l’apprentissage et les livres sont un précieux et puissant outil pour se construire, pour devenir soi. Je voulais m’adresser aux jeunes du cégep parce qu’ils sont tellement, mais TELLEMENT PRÉCIEUX (entendez-moi crier). Ils sont l’avenir et l’avenir, il est à nos portes, il se joue maintenant, dans la prochaine année, semaine, heure, minute. Je voulais partager et échanger avec eux sur tous les sujets inimaginables pour ouvrir leur esprit et développer leur regard critique.

Je voulais leur parler de liberté. Tout le monde a déjà entendu l’expression « savoir égale pouvoir ». Les livres libèrent des chaînes de l’ignorance, posent des questions aux lecteurs et développent leur capacité à interroger le monde qui les entoure pour réfléchir, évoluer et agir avec conscience. C’est d’ailleurs ce qui m’a tant interpellée dans la lecture: elle est synonyme de liberté. Lire m’a toujours permis de voyager sans que j’aie à mettre le petit orteil dehors. Autant je trouve ça magnifique, autant l’expérience réelle du voyage à travers le monde me fait peur. Mais au fond ce que je réalise, c’est que j’ai une soif d’aventures. Et jusqu’à maintenant, c’est toujours par les livres que j’ai réussi à y répondre.

Un avenir en château de cartes

Pourtant, quand j’ai commencé à travailler au cégep, je me suis vite rendu compte que je changeais seulement de prison: de l’université en tant qu’étudiante, au cégep en tant qu’enseignante, j’étais quand même dans une école, où la vie est encadrée, balisée, sculptée par les attentes ministérielles. Au départ, je me voyais refaire le monde avec les étudiants, mais j’ai vite réalisé que j’allais plutôt être un rouage de plus dans la machine. Une machine qui fonctionne avec ou sans moi parce qu’au sein de cette machine, on perd tranquillement notre couleur propre, on devient monochrome. On n’explore pas nos limites, elles sont définies à l’avance. Il y a évolution, certes, mais à l’intérieur d’un cadre dans lequel il faut s’adapter. On n’explore pas nos limites, on explore celles du cadre.

À l’école, on est engagé dans un parcours à obstacles qu’on connait d’avance. Pour être admis au cégep, on doit passer les cours du secondaire; pour faire tel cours, on a besoin de certains préalables (d’autres cours); pour obtenir une maitrise, il faut avoir un baccalauréat et pour faire un doctorat, il faut avoir la maitrise. C’est ma perception, mais l’école est un chemin défini à l’avance. Un environnement où les étudiants sont des produits du système et où ils sont interchangeables: peu importe que j’aie une maitrise ou non, car il y en a des milliers qui en ont. Combien de personnes mon mémoire va atteindre? Quel impact aura-t-il? Très peu. Aucun. Il sera un de plus sur la tablette de la section « Arts » de la bibliothèque de l’UQAM. Et on ne parle même pas de la soixantaine de travaux que j’ai faits du BAC à la maitrise…

Peu importe la difficulté du cours, du programme ou du diplôme à passer, ce n’est qu’une étape pour accéder à la suivante. Je sais pertinemment que si je mets les efforts, si j’étudie plus longtemps, plus souvent, avec plus de rigueur; si je fais mes travaux d’avance, si je respecte l’échéancier des sessions; si je participe à toutes les évaluations et que je remets mes travaux à temps: je corresponds aux attentes et je passe à la prochaine étape.

Lion ou mouton?

Je me suis toujours demandé pourquoi certaines personnes comparaient l’école à « la vraie vie ». Je ne veux pas banaliser le travail d’un étudiant: ça prend du courage et de la détermination pour entreprendre des études. Ce n’est pas facile, je connais. Mais ça aussi, c’est prévu d’avance. À l’école, il faut rentrer dans le rang, sagement, en droite ligne. Les normes sont prédéfinies et le but est d’y répondre: c’est vert ou ça l’est pas. Sorti de l’école, plus personne ne choisit de couleur pour toi. Tu construis maintenant tout de A à Z avec les pièces que tu choisiras: sans limites, sans contraintes, sans échéanciers autres que ceux que tu te donnes.

Tout repose sur tes épaules. Et ÇA, ça fout la chienne.

Tu prends l’entière responsabilité de tes choix. Plus personne et plus rien à blâmer que toi-même. Tu deviens ta seule contrainte. Mais si tu as appris en 25 ans (depuis le primaire jusqu’à l’université) à suivre un plan (de cours) pour arriver à des objectifs déjà déterminés pour toi, comment faire pour savoir ce que tu veux et avec quoi tu vas le construire? On ne t’a jamais demandé ton avis, on ne t’a jamais remis l’entière responsabilité d’un projet et, tout à coup, du jour au lendemain, tu te retrouves à devoir gérer le projet de ta vie. À l’école, le risque est toujours contrôlé; dans la vie, il ne l’est souvent pas. Avec la fin de mes études, j’ai eu envie de voyager pour vrai, de prendre des risques, de traverser des frontières: dans le monde et en moi-même. Ma soif d’aventures doit s’enraciner dans le déséquilibre du monde réel.

J’ai besoin de quitter la douce balance du mouvement régulier des pages qui tournent les unes après les autres, des cours que je passe les uns après les autres comme si je grimpais les marches d’une échelle, des diplômes que je peux collectionner jusqu’au 10e postdoctorat, j’ai besoin de m’évader de tout ça pour me perdre dans la réalité aléatoire du changement d’environnement. Je ressens l’appel de la spontanéité, de l’inconnu, de la découverte, du ressenti, du moment présent.

Parce que quand tu pars packsac, il n’y a souvent pas autre chose que le moment présent. Se laisser guider, porter par l’élan tout autant que par le véritable risque. Celui qui te pousse à sortir de tes chaussettes pour aborder un pur étranger, celui qui te confronte à la peur viscérale de ta propre solitude, celui qui t’oblige à suivre ton instinct plutôt que l’intellect de ta raison, celui qui te force à user d’imagination pour te créer une expérience. Et quand j’y pense, marcher dans la vie, c’est déjà être en voyage packsac.

La vie, c’est une expérience. À la fin de mon parcours scolaire, la fissure dans ma solidité papier de fille éduquée est de plus en plus grande. J’ai l’impression que je dois renaître, que je me sors enfin la tête de l’eau littératienne et que je dois reprendre mon souffle, c’est lui qui me tient en vie après tout. Mais je veux pas juste respirer, je veux me sentir vivante.

Maintenant que j’ai appris le cadre, je veux le faire éclater.

Catherine Daoust, untitled.

About Catherine Daoust

Je m’appelle Catherine, je suis une amoureuse de la nature et des livres. Très curieuse et autodidacte, je suis avide du fonctionnement humain: autant le corps (la biologie) que le mental (la psychologie) et l’essence même de ce qu’on est (la spiritualité). Pour moi, rien n’est séparé, tout est lié. L’humain fait partie d’un tout qui se subdivise lui-même en plusieurs groupes au sein desquels l’individu gravite et qui font sens pour lui. Je souhaite partager, échanger, communiquer avec les autres autour de la dynamique du changement, car selon moi, l’humain existe sur le mode de la transformation.
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